Le point noir que j'étais dans la pâle immensité des sables, comment lui vouloir du mal? On s'en approchait, oui, pour voir ce que c'était, si ce n'était pas un objet de valeur, provenant d'un naufrage et rejeté par la tempête. Mais en voyant que l'épave vivait, convenablement quoique pauvrement vêtue, on s'en détournait. De vieilles femmes, des jeunes aussi ma foi, venues là pour ramasser du bois, s'excitaient à ma vue, les premiers temps. Mais c'était toujours les mêmes et j'avais beau changer de place, elles finirent toutes par savoir ce que j'étais et elles gardaient leurs distances. Je crois que l'une d'elles un jour, se détachant de ses compagnes, vint m'offrir à manger et que je la regardai sans répondre, jusqu'à ce qu'elle se retirât. Oui, il me semble qu'il se produisit à cette époque un incident quelconque dans ce genre, mais je confonds peut-être avec un autre séjour, antérieur car ce sera celui mon dernier, mon avant dernier, au bord de la mer. Quoi qu'il en soit je vois une femme qui, tout en venant vers moi, s'arrête de temps en temps et se retourne vers ses compagnes. Serrées comme des brebis elles la regardent s'éloigner et lui font des signes d'encouragement, en riant sans doute, car je crois entendre rire, au loin. Puis je la vois de dos, elle rebrousse chemin, et c'est maintenant vers moi qu'elle se retourne, mais sans s'arrêter. Mais je fonds peut-être en une seule deux occasions, et deux femmes, l'une qui vient vers moi, timidement, suivie des cris et des rires de ces compagnes, et l'autre qui s'éloigne, d'un pas plutôt décidé.
Thursday, October 16, 2008
Samuel Beckett
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